Chaque individu sera défini et répertorié par un numéro de code unique englobant l’identification du passeport, le téléphone personnel, l’affiliation à la Sécurité sociale, la carte de crédit, le porte-monnaie électronique. Chacun sera aussi déterminé par une empreinte digitale et une “empreinte du fond de l’oeil”, moyen imparable de vérifier qui prélève sur un compte bancaire ou manipule un ordinateur.
A l’inverse, chacun cherchera à échapper à son unicité, à ne pas se réduire au numéro que la société lui a assigné, à se choisir des histoires, des passés, des noms, d’autres identités (et à en changer sans cesse par autocréation dans un carnaval généralisé), à vivre de façon multiple, à exercer plusieurs métiers et à appartenir à plusieurs familles simultanées.
Des pauvres de pays riches seront suffisamment aux abois pour vendre leur nationalité comme on vend déjà son sang, voire ses organes. Ils se retrouveront alors apatrides, avec peut-être encore les moyens d’acheter un passeport mois prisé que celui qu’ils ont vendu. Plus tard, ils pourront même céder d’autres éléments constitutifs de leur identité : leur nom, leur empreinte digitale, puis leur clonimage, voire leur clone.
Dictionnaire du XXIème siècle
Jacques Attali
Editions Fayard
