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Gren un jour, gren toujours (3)
Mercredi 19 juillet 2006 - 10:11 - Vision de nuit

Il y a dix ans, lorsque j’étais encore une fière recrue, le baptême du gren était encore officieux et laissé au bon vouloir du chef de section. Depuis quelques années, il a été officiellement mis au programme de l’école afin de satisfaire au politiquement correct. Il existe pratiquement autant de versions du baptême qu’il y a eu de volées de recrues à Isone, mais certaines “étapes” reviennent inlassablement.

Le coup d’envoi se fait au petit matin, disons entre une et deux heures, par un réveil violant des candidats au titre. Plusieurs moyens peuvent être employés, comme les pétards d’artillerie, les cartouches de marquage ou encore un retourné violant des lits qui projètent leurs occupants directement dans la réalité. La lance à eau ou un extincteur peuvent également faire l’affaire… bienvenue en enfer! A partir de cet instant, les soldats ne cesseront de repousser leurs limites mentales et physiques.

Pour commencer, un petit tour dans la piste “NATO” (course d’obstacle, celle d’Isone est particulièrement adaptée…), histoire de bien réveiller tout le monde et de leur mettre le moral dans les talons. Je ne me rappelle plus exactement sa longueur, mais l’effort qu’elle demande, par contre, est encore clair dans mon esprit!

Je ne vais pas entrer dans tous les détails, ni citer toutes les variantes, mais pour donner un exemple, les participants doivent revêtir leur tenue anti-chimique avec masque de protection (très agréable pour respirer lorsque l’on est essoufflé) afin de porter les sous-officiers sur des brancards durant quelques kilomètres, en montée bien sûr, avant de ramper dans le fameux jardin “Viet”, de se glisser dans une canalisation et rejoindre un pont qu’il va falloir descendre en rappel pour finir dans une rivière qu’il sera nécessaire de suivre avant de se mettre à pousser des véhicules, toujours en montée. Le voyage est agrémenté de séances de pompes sur les poings et du matériel absolument inutile pour ce genre d’exercice a été préparé afin d’alourdir la charge. Ce petit jeu durera toute la nuit pour s’achever au petit matin avec le lever du soleil et la cérémonie de remise de l’insigne.

Une cartouche, avec les lettres “GREN” gravées dessus est introduite dans le fusil et chargée. Le casque sur la tête, la recrue salue le lieutenant puis se met à genoux pour être proclamé “grenadier” à la manière des chevaliers. Le canon du fusil passe de chaque côté de sa tête avant de terminer sa course par un grand coup sur le casque. Le fusil est ensuite déchargé et la balle remise au grenadier fraîchement nommé. Une bonne bière, durement gagnée, est finalement remise pour clore cette expérience unique.

A bout mais heureux, les nouveaux grenadiers sont prêts pour la nouvelle journée d’instruction qui s’annonce, l’appel est à 7 heures…

Gren un jour, gren toujours (2)
Jeudi 13 juillet 2006 - 16:51 - Vision de nuit

Tout faire péter! Disais-je… oui bien sûr… tirer sept ou huit magasins de suite, lancer des grenades, faire exploser des charges ou tirer au Panzer Faust sont des plaisirs certains pour tout grenadier qui se respecte, mais tout cela a un prix et spécialement à l’école de recrue! Ceux qui ont fait l’armée connaissent le poids d’une caisse de munition, sans parler de cette putain de boille à thé!

C’est donc chargé comme des mulets et à un rythme soutenu que nous devions monter sur les places où nous pouvions enfin laisser éclater notre joie, le souffle court, selon des règles strictes et bien définies. Même si parfois, de petits grains de folie s’emparaient d’un exercice ou d’un autre, ils étaient en règle générale très bien préparés et entraînés.

Naturellement, je parle pour l’instant d’un déroulement normal et programmé, certes physique et avec une discipline sans faille, mais sensiblement similaire à une autre arme d’infanterie. Ce qui, par contre, est beaucoup plus difficile qu’ailleurs, c’est ce que l’on nomme communément la “fick”, du verbe “ficker”, en allemand “mettre”, dans le sens de “se faire mettre”. A Isone, toutes les excuses sont bonnes pour tester la résistance physique et au stress des fiers soldats, tous volontaires. Explications.

Il suffit de peu de chose, d’une petite erreur ou d’un oubli pour que votre journée se transforme en enfer et qu’au lieu de faire du travail intéressant, vous vous retrouviez à courir comme un dératé, à pomper comme un malade ou à nager comme un con dans le jardin Viet (Korea Sumpf) qui est une sorte de grand marécage qui, malheureusement, n’existe plus depuis quelques années. Et comme dans tout esprit de corps digne de ce nom, la devise « un pour tous et tous pour un » est d’usage ! Oh bien sûr, si un personnage est la cause de “fickage” intempestif en raison de ses manquements, le reste de la troupe se chargera en privé de lui faire comprendre le comportement qu’il devra adopter dans le futur pour le bien-être de tous!

C’est souvent ces instants de dépassement de soi qui restent gravés dans les mémoires et qui sont le fondement d’une magnifique camaraderie. Ils reviennent d’ailleurs souvent autour d’une bonne bouteille lors des cours de répétition! Je vous raconterais quelques anecdotes en abordant le thème du baptême du grenadier… et comme je suis sous-officier, j’ai eu la chance de le vivre des deux côtés !

A suivre…

Gren un jour, gren toujours (1)
Mardi 11 juillet 2006 - 09:50 - Vision de nuit

On ne sait jamais vraiment ce qui nous a poussé à écrire “grenadier” sur la fiche lors du recrutement. Probablement des amis ou des proches qui nous ont raconté leurs aventures au Tessin avec suffisamment de passion pour nous convaincre.

Dès le premier jour pourtant, en mettant les pieds, de préférence chaussés par des baskets, sur le perron de la petite gare de Riviera, on sent tout de suite que la fête est finie et qu’à cet instant précis, une autre vie commence. La montée vers la caserne sera notre dernier répit.

Le dépaysement devient vraiment total lorsque arrivés sur la place d’armes, on nous ordonne d’effectuer tous nos déplacements en courant, en colonne par deux dans une formation sans faille, et que l’on vous beugle dessus en vous faisant faire des pompes très régulièrement. Les premiers repas pris en cinq minutes ajoutent une touche d’exotisme au voyage.

Au premier abord, beaucoup de gens trouvent cette “soumission” barbare, mais elle est la condition sine qua non à la mise en place d’une discipline indispensable au travail qui attend le futur grenadier. Environ deux tiers des recrues ne finiront pas les trois premières semaines.

Les candidats à l’école des grenadiers sont déjà dans leur grande majorité des sportifs avertis. Contrairement aux idées reçues, peu boivent comme des trous, peu sont fous et il n’est pas rare qu’ils passent leurs premières sorties au lit, histoire de récupérer un peu avant le lendemain. Ne serait-ce pas là un signe évident de sagesse?

Oui, c’est vrai, je l’avoue, le but final est quand même de faire tout péter, mais curieusement, jamais avec l’inconscience ou la haine que l’on pourrait ressentir face à un véritable ennemi…

A suivre…

Le combat final…
Dimanche 2 juillet 2006 - 10:53 - Vision de nuit

…approche…

Grenadier

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Le saut de l’ange
Dimanche 25 juin 2006 - 11:14 - Vision de nuit

En attendant les histoires croustillantes que tout cours de répétition génère naturellement, quelques photos d’une petite excursion dans une vallée tessinoise. Qui reconnaît l’endroit? Qui me donne le titre du film?

Le barrage…

L’entrée de la base russe…

Pour ceux qui ont trop vu le film…