Il y a dix ans, lorsque j’étais encore une fière recrue, le baptême du gren était encore officieux et laissé au bon vouloir du chef de section. Depuis quelques années, il a été officiellement mis au programme de l’école afin de satisfaire au politiquement correct. Il existe pratiquement autant de versions du baptême qu’il y a eu de volées de recrues à Isone, mais certaines “étapes” reviennent inlassablement.
Le coup d’envoi se fait au petit matin, disons entre une et deux heures, par un réveil violant des candidats au titre. Plusieurs moyens peuvent être employés, comme les pétards d’artillerie, les cartouches de marquage ou encore un retourné violant des lits qui projètent leurs occupants directement dans la réalité. La lance à eau ou un extincteur peuvent également faire l’affaire… bienvenue en enfer! A partir de cet instant, les soldats ne cesseront de repousser leurs limites mentales et physiques.
Pour commencer, un petit tour dans la piste “NATO” (course d’obstacle, celle d’Isone est particulièrement adaptée…), histoire de bien réveiller tout le monde et de leur mettre le moral dans les talons. Je ne me rappelle plus exactement sa longueur, mais l’effort qu’elle demande, par contre, est encore clair dans mon esprit!
Je ne vais pas entrer dans tous les détails, ni citer toutes les variantes, mais pour donner un exemple, les participants doivent revêtir leur tenue anti-chimique avec masque de protection (très agréable pour respirer lorsque l’on est essoufflé) afin de porter les sous-officiers sur des brancards durant quelques kilomètres, en montée bien sûr, avant de ramper dans le fameux jardin “Viet”, de se glisser dans une canalisation et rejoindre un pont qu’il va falloir descendre en rappel pour finir dans une rivière qu’il sera nécessaire de suivre avant de se mettre à pousser des véhicules, toujours en montée. Le voyage est agrémenté de séances de pompes sur les poings et du matériel absolument inutile pour ce genre d’exercice a été préparé afin d’alourdir la charge. Ce petit jeu durera toute la nuit pour s’achever au petit matin avec le lever du soleil et la cérémonie de remise de l’insigne.
Une cartouche, avec les lettres “GREN” gravées dessus est introduite dans le fusil et chargée. Le casque sur la tête, la recrue salue le lieutenant puis se met à genoux pour être proclamé “grenadier” à la manière des chevaliers. Le canon du fusil passe de chaque côté de sa tête avant de terminer sa course par un grand coup sur le casque. Le fusil est ensuite déchargé et la balle remise au grenadier fraîchement nommé. Une bonne bière, durement gagnée, est finalement remise pour clore cette expérience unique.
A bout mais heureux, les nouveaux grenadiers sont prêts pour la nouvelle journée d’instruction qui s’annonce, l’appel est à 7 heures…



